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posté le 2008-04-26 à 18:23:31
Mars 2008
Maintenant, après deux nouveaux mois passés au Sénégal, j’ai l’impression qu’il me reste encore deux ou trois ans avant de boucler cette mission, hors qu’il ne me reste plus qu’une petite année. Les activités de terrain, les ouvertures avec d’autres projets, la polyvalence demandée au travail, les visites, les rencontres d’autres gens me font continuer tout naturellement les activités du quotidien, tandis qu’un jour sera venu les moments des bilans, la réflexion sur une suite et un retour au pays. Après avoir passer beaucoup de temps au bureau et sur Fatick au mois de Février à travailler sur des aspects très concrets comme l’établissement d’un chronogramme des activités du projet caprin, le calage du budget, le bilan de la mission de janvier en France (comité de pilotage franco-sénégalais et la formation des 4 sénégalais), le mois de mars a été plus riche. Certes, je risque un peu de vous décevoir car maintenant les mêmes aventures de juin 2006, en tant que petit stagiaire du Conseil régional de Fatick, inculte en coutumes et en connaissances du milieu, sont toujours présentes maintenant mais avec un gout de vécu et donc de tout naturel. Néanmoins, le piquant de la vie africaine rythme au quotidien l’emploi du temple avec une touche d’inattendue ou de renouveau à chaque instant…c’est le charme du Sénégal (pour ne connaître que ce pays actuellement)!
Projet caprin 2008 : une ouverture au partenariat !
Comme je le disais précédemment, le mois de Février s’est principalement cantonné à travailler sur le projet caprin autour de la coopération Fatick/Poitou-Charentes avec son seul budget, et à courir après mon échographe qui était tombé en panne, que j’avais envoyé en France pour le faire et dont je n’arrive toujours pas à le rapatrier au Sénégal à cause des douanes. Certes, il grossit d’année en année, fruit des efforts donnés, mais il reste également tout aussi maigre pour travailler au mieux à l’échelle d’une région. Mais avec grand plaisir, un projet et ONG doivent ont décidé d’intégrer notre domaine de compétence : la filière caprine. Comme quoi, on fini toujours par être convainquant à un instant donné ou un autre. Il s’agit du PDIF (programme de développement intégré de Fatick), projet soutenu par une ONG Belge (Sos Faim). Ce projet travaille depuis plusieurs années dans la région avec des groupements féminins : micro-crédits et appui aux activités génératrices de revenus. Le second partenaire, s’agira probablement de World Vision (alias Vision Mondiale). Il s’agit d’une ONG américaine fortement implantée dans la région de Fatick, en plus ils ont pleins d’argent. Contrairement au PDIF, nous allons entrer en instance de négociation sur les domaines ciblés et le mode d’intervention. Avec le PDIF, nous allons travailler avec des groupements de femmes ayant déjà des expériences dans le secteur caprin. Notre 1ère approche sera de proposer un kit « élevage » pour lancer le processus. Le kit sera composé d’une enveloppe financière permettant la vulgarisation d’un modèle de chèvrerie traditionnel, un fonds en aliments usinés pour le bétail, un noyau de 25 chèvres, une trousse à pharmacie vétérinaire, un lot de 40 à 50 paillettes de semences de boucs alpins et une épargne obligatoire. En contre-partie nous nous efforcerons à mettre en place un système de valorisation des produits dans un moyen terme accompagné de différentes formations notamment dans la gestion administrative et financière des groupements.
Toujours dans la continuité des partenariats, nous allons travailler sur une petite approche, à taille villageoise avec l’ONG VSF Italia (Vétérinaires Sans Frontières) sur la valorisation des cultures fourragères et la transformation fromagère. Toujours dans ce dernier domaine, nous allons associer le projet caprin (et la coop déc.) à travailler avec l’ONG française, le GRET (groupe de recherche et d’échanges technologiques) sur l’appui aux unités laitières du Sénégal. Vu qu’il s’agit de mon domaine de compétence et vu que le GRET a demandé une subvention à la région Poitou-Charentes je suis d’autant plus impliqué au lancement de ce projet et au recrutement d’un VSI (volontaire de solidarité internationale) spécialisé dans l’agro-alimentaire. Pour la petite anecdote, le GRET a reçu pleins de réponses suite à l’avis d’appel à candidature mais il s’agit uniquement de 4 femmes qui ont été retenu dans le choix final…à croire que peu d’hommes sont sensibilisés au secteur laitier à l’international !!!
Ces jours-ci, nous avons repris activement nos tournées en brousse pour faire le point avec les groupements que nous appuyons en 2007. Hier, dimanche de Pâques !!, j’étais parti en moto dans le Foundiougne (Mbassis, Djilor). Les 1èrres mises bas (issues de l’insémination) ont débuté. Vu l’engouement qui se renforce chaque année autour du projet nous allons changer de stratégie et sélectionner davantage les éleveurs pour intégrer le projet. Au départ, comme tout projet qui débute, nous avons ouvert « nos portes » à tout le monde mais avec le temps il s’est avéré que ce n’est pas la meilleure stratégie. Un grand nombre de personnes siégeaient dans les bureaux des groupements sans pour autant s’activer au profit des populations. Dorénavant, nous travaillerons avec moins d’éleveurs mais plus motivés dans l’espoir de vulgariser les connaissances et l’information plus efficacement. D’autre part, nous avons un gros travail de fédération des acteurs (et de sensibilisation) autour de la question de la collecte du lait de chèvres en vue de le convoyer jusqu’au village de Djilor (15km au sud de Foundiougne) où il sera transformé. La tâche ne sera pas évidente mais les résultats escomptés sont encourageants.
Une coopération interrégionale qui s’amplifie !
Comme j’ai du l’expliciter dans un mail précédent, notre passage en France en janvier 2008 a redynamisé la coopération entre les deux régions. Présentement, je suis fortement engagé sur la création d’un projet de « Bourse Tremplin pour l’Emploi » avec un de mes collègues du Conseil régional. Ce projet consiste à mettre en place un dispositif financier d’appui à la création d’emploi à travers des activités génératrices de revenus ou la création d’une petite entreprise. Avec un fonds initial donné par la région P.Ch ce fonds sera logé dans les institutions de micro-finances de la région, ce qui nous permettra d’apporter des subventions au porteur de projet et de négocier des taux d’emprunts et des délais de remboursements plus favorables au développement socio-économique de la région de Fatick qui est très souvent considérée comme un des parents pauvres du Sénégal à cause de sa quasi absence d’économie, dont cette dernière se constitue principalement de la pêche et du tourisme. Ainsi, nous devons organiser prochainement des assises sur le micro-crédit dans l’objectif de peaufiner ce projet d’appui à la création d’emplois afin de donner les premières bourses autour du 1er mai et d’inaugurer les 1ères installations au cours de la visite de la président de la région Poitou-Charentes d’ici juillet prochain.
Dans la même continuité, nous sommes en passe de recruter un 2nd VSI pour jouer le rôle d’assistant technique et de coordinateur du projet de développement des énergies renouvelables. Mais comme je l’avais prédit (ce qui ne veut pas dire que je suis devin…) il n’est pas encore près d’arrivé car il y a plusieurs discordances au niveau des CV reçus entre des jeunes bien formés mais avec un manque d’expériences vu le profil « bricoleur » recherché et des CV très riches en compétences de terrain et à l’étranger mais dont les connaissances de bases en « génie énergétique » ne sautent pas aux yeux.
Voilà quelques nouvelles du travail quotidien à Fatick. Maintenant passons à l’extra, aux coulisses.
Découverte succincte de la région du Fleuve, le Sénégal !
Vous m’avez souvent entendu me plaindre comme quoi je disais « je ne connais pas le Sénégal, je vais passer deux ans uniquement dans la région de Fatick….et blablabla…agaçant tous ces discours !). Et bien maintenant c’est chose révolue. Avant de me replonger activement dans nos activités d’élevage, il est souvent recommandé de visiter d’autres projets similaires, de rencontrer d’autres initiatives intéressantes. Ainsi, j’ai organisé une mission d’observations et d’échanges dans la région de Saint Louis et plus principalement dans la ville de Richard Toll (au nord du Sénégal à quelques kilomètres de la Frontière Mauritanienne). J’ai un ami vétérinaire qui a lancé en décembre 2006, une laiterie (la Laiterie du Berger) fondée sur un principe simple mais novateur au Sénégal, la mise en pack de lait pasteurisé issu de la collecte des éleveurs peuls de la zone.
[La Laiterie du Berger, jeune entreprise mise en route en décembre 2006, est le fruit d’un long travail porté par un vétérinaire sénégalais, Monsieur Bagoré BATHILY. La particularité de cette entreprise qui emploie plus de 50 salariés figure dans son mode d’approvisionnement en matières premières. En effet, la Laiterie du Berger (LDB) est la seule unité traitant du lait de collecte au Sénégal pour le conditionner en pack d’1/2 ou 1 litre de lait pasteurisé (et d’autres produits laitiers), contrairement aux autres types de lait que l’ont peut trouver dans le commerce et qui sont issus de la poudre de lait importé.
La LDB a son centre de collecte et de transformation à Richard Toll, dans la région de Saint Louis tandis que sa direction et son service commercial sont basés à Ouakam au cœur de la capitale sénégalaise. La LDB travaille avec plus de 300 éleveurs de bovins sur un rayon de 50 km. Le litre de lait est payé 200 FCFA/litre. Actuellement 2900 litres de lait sont collectés chaque jour sachant que la capacité optimale de l’unité est 5000 litres par jour. Du coup en moyenne, l’entreprise injecte entre 8 et 10 millions de FCFA par mois dans la zone, en achat de lait. A l’origine, les éleveurs peuls ne trayaient pratiquement pas leurs vaches donc la source de revenu était principalement tirée de la viande. Depuis, la mise en place d’une organisation pour collecter le lait de vache, les éleveurs tirent un revenu régulier pour faire face aux nécessités courantes de la vie quotidienne.
La LDB rencontre toutefois quelques difficultés pour s’approvisionner en lait à cause du système pastoralisme et transhumant des éleveurs qui cherchent continuellement des ressources fourragères pour les animaux. C’est pourquoi, il serait intéressant de cibler un noyau d’éleveurs leaders pour améliorer des techniques d’élevages et sensibiliser les trayeurs à une hygiène respectable du lait.
Cette rencontre a également permis d’échanger et d’apporter quelques conseils sur la collecte et la transformation du lait de chèvres. Plusieurs essais de fromages, très concluants, ont pu avoir lieu au cours de cette semaine]. M.G.
En effet, suite à la demande de mon collègue, j’ai formé son responsable qualité à la transformation fromagère. Nous avons fait pas loin d’une dizaine d’essais passant des fromages de chèvre à pâte lactique (type crottin) aux pâtes pressées demi-cuite (type tomme) en passant par la pâte molle (type camembert). Et bien dans l’ensemble (et après plusieurs ajustements des technologies fromagères) nous avons réussi à caller un diagramme de fabrication pour un fromage de chèvre au lait pasteurisé…fort gouttu d’ailleurs…ça réveille les papilles !! Vu que la laiterie dispose de moyens plus performants, ça a permis de me rafraichir la mémoire et de réajuster mes compétences en fonction du contexte locale. Nous avons eu aussi l’occasion de partir en brousse avec les collecteurs pour observer les techniques de traite. Le lait est souvent assez chargé en germes, d’où la pasteurisation. La prochaine étape : fabrication de fromages en pleine brousse avec des moyens encore plus rudimentaires !
Toujours au cours de cette semaine de mission, j’en ai profité pour rencontrer les responsables d’un projet, proche de Saint Louis, avec une expérience dans le secteur caprin et la transformation fromagère. Voici mon récit (pour ceux que ça intéresse) :
[Le centre de Nguelakh est un projet figurant dans l’arrondissement de Rao à 18 km au sud de Saint Louis, mise en œuvre par deux sénégalais depuis une vingtaine d’années. Il s’agit d’un centre polyvalent accueillant des jeunes mais formant aussi les gens du village de Nguelakh. Une case de santé, une case d’éveil, une fromagerie, une chèvrerie, une stabulation bovine et d’autres ateliers manuels (maçonnerie, menuiserie, broderie, teinture…) composent ce centre dynamique. Au niveau du PAFC, nous nous sommes davantage intéressés à la fromagerie et à la chèvrerie.
La fromagerie
Au départ, le lait de chèvre transformé était issu d’un lait de collecte et du lait de la chèvrerie. Mais les conditions d’hygiène non respectées, il était très difficile de fabriquer du fromage avec ce lait impropre. Actuellement, la fromagerie travaille seulement le lait cru de la chèvrerie (environ 10 litres de lait par jour) pour le transformer en fromage à pâte lactique de type « crottin » soit 2 fromages au litre. Le fromage est vendu 600 FCFA auprès des hôtels et restaurants de Saint Louis. Au dire du fromager, la production pourrait doubler aisément pour combler la forte demande en fromages de chèvres. Le village de Nguelakh n’est pas raccordé au réseau électrique Senelec. Par conséquent, les produits laitiers sont stockés dans un congélateur fonctionnant à l’énergie solaire.
La chèvrerie
A l’origine 7 chèvres et 1 bouc de race Saanen ont été importés de Belgique. Par la suite des croisements ont été effectués sur la race locale. Au dire du chevrier, les Saanens avaient quelques difficultés d’adaptation et étaient sensibles à divers maladies. Les chèvres sont logées dans une stabulation moderne en béton et compartimentée en plusieurs cases. La traite est effectuée manuellement sur un quai de traite. En début de lactation (3 mois) les chèvres sont traites 2 fois par jour en laissant un peu de lait dans la mamelle puisque les chevreaux sont en contact avec les mères durant 2 heures après chaque traite. Après 3 mois de lactation, les chèvres sont traites une seule fois par jour et les chevreaux restent la journée en contact avec les mères. Les animaux ne vont pas au pâturage mais sont alimentés avec du foin de brousse, de la paille de riz (à volonté) et des concentrés (50 gr de tourteaux d’arachide, 250 gr de maïs grain et 300 gr d’aliments usinés) pour une production moyenne de 2 litres de lait (en début de lactation) et pour les chèvres améliorées.] M.G.
Enfin, et toujours dans la même j’ai réussi à faire une petite escale dans la ville de Saint Louis et découvrir sommairement (mais suffisamment pour donner le goût de revenir pour visiter davantage) l’ancienne capitale de l’AOF (Afrique Occidentale Française). J’ai pu rencontrer un homonyme, représentant de la région Nord-Pas-de-Calais sur Saint Louis et Matam (même si dans les textes je ne suis pas le représentant de la région P.Ch.). Cette rencontre m’a permis de tirer 2 conclusions :
- A Fatick, nous avons de la chance de travailler dans une coopération encore assez jeune, 2 ans (contre 15 ans à St Louis) ce qui nous procurent l’avantage de maitriser au mieux nos sujets et nos domaines de compétences.
- Nous rencontrons tous les mêmes difficultés pour faire descendre les projets du Conseil régional à la base en sachant de la mission principale d’un conseil régional est d’impulser et de coordonner le développement socio-économique et culturel d’une région sans pour autant le porter à bras le corps.
En tout cas, à l’issu de cette semaine riche en rencontre m’a permis de comprendre davantage les enjeux du développement et de mettre le doigt sur l’essentiel au niveau de notre projet caprin à Fatick. Finalement, il est plus facile de travailler avec des sérères que des peuls !! Pour information, la ville de Richard Toll est très connue au Sénégal pour son monopole de production de sucre à travers la CSS (Compagnie Sénégalaise Sucrière)…encore un « vestige » de l’époque coloniale. La CSS a réalisé d’importants travaux d’irrigation et de confection de canaux à partir du fleuve sénégalais pour arroser les cultures de cannes à sucre. En 2008, la CSS va se lancer dans la production d’éthanol dans l’espoir de rendre le Sénégal autosuffisant en énergie…un des gros bobards du moment du chef de l’état…j’aurai l’occasion de développer davantage ce volet « biocarburant : faut-il nourrir le Sénégal ou lui procurer du carburant pour son administration ???!! »
La descente de Richard Toll sur Dakar ne fut pas moins chaotique et ça mérite d’être raconté !! 2 fois par semaine le camion frigo de la laiterie (mardi soir et vendredi soir) descend sur Dakar avec les produits laitiers à la direction de la laiterie qui sert également de siège commercial. J’ai profité de la rotation du vendredi 14 mars pour descendre sur Dakar à bord d’un DAF, pas trop pourri et bien plus confortable qu’un pauvre peugeot 505 « 7 places » qui fait office de transport public ; avec derrière nous (dans la caisse) environ 2,5 tonnes de lait et………..un petit sac plastique contenant des sachets de lait caillé. A la fin du chargement du camion, je vois le convoyeur (gars chargé des papiers et de la marchandise aux côtés du chauffeur) chargé ce petit sac. Je lui demande son utilisation « C’est quoi ce petit sac pleins de lait, pourquoi ça ne figure pas dans les caisses avec le reste ? », « C’est pour les gendarmes ! » qui me répondit…… « aaaaaaaaaaaah, d’accord, je vois le tableau ». Nous voilà parti à bord de notre DAF, il était déjà 19h, la nuit était en train de s’installer et nous avions environs 7h de route à se taper ! Vroooooooooum, après 2km à la sortie de Richard Toll sur l’axe Saint Louis –frontière mauritanienne….1er contrôle de flics (et d’un….le compteur était en route !). Nous sommes tombés sur un flic, nouvellement affrété qui ne connaissait pas encore la laiterie du berger. Et bien durant les 16 autres barrages de poulets, c’est le seul qui a demandé les papiers du chauffeur et ceux de la cargaison….pourquoi….. ???!! 10 mètres plus loin, un barrage de douanes. Heureusement, ils n’étaient pas trop chiant mais en voulant regarder derrière les sièges, le convoyeur a accidentellement appuyé sur la poignée de l’extincteur…qui bien évidemment n’avait pas de goupilles…ce qui a failli remplir la cabine du camion avec de la mousse au carbonate !! Ainsi durant les 7 heures de route, j’ai compté, nous avons été arrêtés par les poulets plus de 16 fois (comme tous les autres camions d’ailleurs)…notre avantage…le transport de lait. Il faut savoir qu’au Sénégal, la méthode la plus facile pour corrompre un flic s’est de lui donner du lait caillé. Un peu avant la ville de Thiès, il était 1h30 passé, un flic nous arrête. Vu qu’il n’a pas été « arrosé » les fois précédentes, je vois le flic que se met devant le camion, nous barrant la route pour éviter de repartir. Vu qu’ils parlaient en wolof, je ne comprenais rien à l’histoire d’autant plus que le flic était super sérieux. C’est après quelques instants que le convoyeur descendu du camion, ouvrir la porte de la caisse et piocha 2 sachets de lait caillé…un pour ce flic et un pour son collègue qui fait le poireau de l’autre côté de la route. En me voyant, le flic passe devant moi, tout naturel sans poser de questions comme s’il est fréquent de rencontrer des toubabs à 1h30 du matin à bord d’un camion frigo plein de lait en provenance du Nord du Sénégal…une sacrée épopée.
Toujours dans la catégorie « rencontres »,
Cette semaine, j’ai fait connaissance d’une autre volontaire SCD (même association d’envoi de volontaire que moi). Elle est écologue dans la région de Tambacounda pour le compte du Conseil général de l’Isère. Egalement, j’ai rencontré, un ancien véto et ancien volontaire du SCD. Il était revenu au Sénégal pour quelques temps afin de faire le point sur son projet laissé il y a 3 ans et de rencontrer les volontaires SCD présents sur le terrain. A l’image de ce qu’il se fait chez les « VP » (volontaires du progrès) qui sont bien mieux organiser que nous, nous avons prévu d’organiser une 1ère rencontre des VSI (SCD) du Sénégal afin de faire plus amples connaissances ; et puis c’est souvent utile pour nos projets respectifs mais également si tu veux visiter le Sénégal, ça fait des pieds à terre gratis…par contre pour ce qui est du confort ça dépend des moyens du volontaire (ou de son partenaire). Dans tous les cas, ça permet aussi d’échanger sur les mêmes problématiques et d’apprécier nos expériences respectives, qui très souvent s’avèrent riches en discussions et en émotions.
Egalement une grande nouveauté…j’ai enfin ma carte consulaire…signe de reconnaissance d’un « vrai expatrié » après quasiment 2 ans sur le territoire sénégalais. Il ne s’agit pas d’un problème de lenteur de la part du consulat français mais surtout que je n’en avais pas éprouvé le besoin jusqu’à présente et j’en éprouve toujours pas le besoin. C’est que ça me fait marrer de faire de telle démarche et surtout ça me fera un bon souvenir lors de mon retour au pays.
Dans la catégorie « actualités et politique du gouvernement ».
En tant que « bon volontaire » je suis censé garder mes réserves et mon avis sur la politique du gouvernement…et oui on n’est pas chez nous…étonnant ? Non pas du tout réaliste. Néanmoins, il est toujours possible de relater quelques faits. Nous sortons juste d’une « prise d’otages du gouvernement ». Bien entendu, il fait lire cela au second degré. A une période où les sénégalais commencent à se poser des questions sur ce qu’ils vont mettre à bouillir ce soir dans la marmite, le gouvernement sénégalais vient d’organiser (et de recevoir) la 11ème conférence pour l’organisation islamique. Ainsi durant 4 jours, un aller-et-venue phénoménale de véhicules présidentiels ont fait le trajet entre l’aéroport international (ou un paquet de jets privés étaient stockés), le palais présidentiel et l’hôtel méridien Président (salle de conférence). Des milliards de FCFA ont été gaspillés pour accueillir les 33 chefs d’état (ou rois ou émirats) sur une cinquantaine attendu. Dakar était quasiment en alerte, un flic tous les 10 mètres. Pour l’occasion, Wade avait donné une semaine de vacances à tous les écoliers et décrété 2 jours fériés pour l’ensemble du pays. Il était même allé jusqu’à demander à Sarko de lui filer 2 ou 3 mirages pour protéger l’espace aérien sénégalais. Toute cette mascarade (forte critiquée par l’opposition) pour pas grand chose. En effet, l’OCI n’a pas beaucoup d’influence sur la scène internationale comme l’U.A. (Union Africaine) ou l’UEMOA (Union des Etats Monétaires Ouest Africains). Pour se donner bonne conscience, ils étaient même allé jusqu’à faire signer Idriss Déby et Omar El-Béchir (Tchad/Soudan) à signer un accord de paix bilatéral. Pour information, il ne s’agira que du 4ème accord de paix signé entre ces pays.
Jeudi dernier, a eu lieu le grand magal de Tivaouane. Il s’agit d’une fête religieuse musulmane honorant la naissance du prophète. Mais la population n’a pas loupé le chef de l’état lors de sa visite officielle, en le huant à cause de sa mauvaise gestion de la crise actuelle sur le pouvoir d’achat des sénégalais et la hausse interminable des 1ers de premières nécessités. Jusqu’à présents les sénégalais sont restés assez calme face aux émeutes (sur ce même sujet) en Mauritanie, au Burkina ou encore au Cameroun faisant à chaque plusieurs dizaines de morts. Mais la situation va surement empirer à l’approche de la période de soudure (juin – juillet).
AU niveau politique locale, l’assemblée nationale vient de voter une loi reportant d’une année (mars 2009) les élections locales qui comprennent les municipales, les rurales et les régionales. Ainsi jusqu’à la fin de mon contrat j’aurai la chance de continuer à travailler avec le Président SENE. Néanmoins, j’espère que quelques aménagements au niveau du fonctionnement du Conseil régional auront lieu d’ici là.
Je crois que je vais m’en arrêter là pour l’instant. La semaine prochaine sera consacrée à des visites de brousses et un nouveau passage à Dakar pour assister au SIAGRO (salon international de l’agroalimentaire) dont un grand nombre d’entreprises doivent y participer. Une conférence sur la production laitière et ses enjeux est prévue à cet effet.
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